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Reflet de 1968 par Philippe Gras.
Culture et vie quotidienne
Présentation de l'exposition par Daniel Sauvaget :
Soixante-Huit, un nombre, un mot, qui relève à la fois de l’histoire et du mythe. Et qui reste, quels qu'en soient les véritables acquis, un repère essentiel dans l’évolution de nos comportements, des rapports entre l’individu et la société, des aspirations politiques, morales, culturelles - par-delà les révisions hostiles qui ont fleuri ces dernières années.
Pendant les fameuses manifestations parisiennes, les photographes étaient nombreux sur le devant de la scène. Mais un juste reflet de l’époque ne saurait se limiter à ces reportages, ni aux Évènements, comme on disait, ni aux formes les plus spectaculaires de la révolte.
Philippe Gras est de ces photographes qui ont su saisir non seulement l'instant et le geste, mais le signe et le sens de cette période d'innovations et de contestations.
Tant dans le regard porté sur les avancées de la musique, qui privilégie le mouvement spontané où s'exprime la nature profonde de l'artiste, que dans l'observation de la ville, de la rue, du décor urbain, des comportements humains, ses photos témoignent de ce qui bouge.
Il montre ce qui surgit là où on ne l'attendait pas : non seulement les fameuses affiches militantes et les slogans, mais aussi la critique de la société de consommation, le rejet et la subversion du discours publicitaire – en particulier dans une tentative d'inventaire des graphismes du refus. Son approche est dépourvue de toute hiérarchie a priori, et il s'est passionné autant pour les expressions populaires et les arts mineurs que pour les créations artistiques admises, légitimées, ou en devenir.
Télécharger le catalogue de l'exposition à louer.
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Biographie de Philippe Gras par Daniel Sauvaget :
Photographe professionnel après ses études à l’Ecole Supérieure des Arts Graphiques de Paris (Ecole Estienne), il travaille au sein du Studio Georges Véron, spécialisé dans la photo de mode. Parallèlement, dès 1964, il consacre ses soirées à des reportages sur les concerts de jazz et de musique contemporaine, au théâtre et à la danse moderne. Bientôt il se lance dans une carrière d'indépendant, collaborant avec des revues musicales et de nombreux magazines, en particulier Actuel, une publication considérée comme dépositaire de ce qu’il est convenu de nommer l’esprit 68, et L’Art Vivant, situé à la pointe de la création artistique de l'époque.
Loin de s’enfermer dans la sphère purement artistique, il couvre les évènements politiques et sociaux de son époque, et il se passionne pour des phénomènes nouveaux – par exemple les graffitis qui fleurissent dans les couloirs du métro. Son objectif, spontanément sociologique, pourrait-on dire, scrute les nouveaux comportements en même temps que les innovations sociales et culturelles. En outre il explore des domaines dont l’esthétique, jugée trop populaire, voire vulgaire, n’avait guère suscité d’empressement jusqu’alors, comme le rock, l’illustration des jeux de flippers, le tatouage, les grandes affiches (aujourd’hui disparues) peintes à la main pour les frontons des cinémas de quartier, le cinéma-bis…
Habitué des revues musicales et artistiques, des maquettes de pochettes de disques vinyl, collaborateur de manifestations culturelles (comme le Festival d’Automne), il a aussi collaboré à des films comme photographe de plateau ou assistant-réalisateur. Co-auteur de courts-métrages, il s'est livré, avec un autre photographe, Horace, à des recherches visuelles réalisées au banc-titre et des montages de vues fixes - dont Transports en commun, sur les graffitis.
Son œuvre comprend aussi des reportages approfondis sur certains pays d'Asie, la constitution d'archives sur les salles de cinéma (pour le Ministère de la Culture), et quelques livres sur ses sujets de prédilection. Plusieurs hommages lui ont été rendus après son décès, dont une émission sur France-Culture (avril 2008) et une exposition à la Cité de la Musique (septembre 2008).
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