Le Pictorium - galerie photographique - Nos auteurs

Présentation des biographies des auteurs du Pictorium

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Biographie d'Iliona

Vivre à la frontière…

Quand je regarde les diapos Kodachrome faites en Grèce en 1959 avec mon premier appareil photo, je m’aperçois qu’à 15 ans j’étais déjà attirée par les cadrages au cordeau et les jeux d’ombres et de lumière, tendances renforcées plus tard par mes études d’Architecture aux Beaux Arts de Paris. Une bonne dose d’inconscience, beaucoup de chance et un peu de talent me permettent de démarrer en 1969 dans le « métier passeport ». qui me fait rêver, celui de photographe reporter.

Pigiste de différentes agences en France à partir de 1971 (sports mécaniques, news magazine), j'intègre en 1977, sous le pseudonyme d'Iliona, le staff de The Image Bank (TIB) à New York avec des images « graphiques » glanées au hasard de mes déplacements sur des reportages d’actualité et qui n’intéressaient pas mes commanditaires de l’époque.

En 1984, je rejoins l'agence Top/Rapho à Paris, où depuis mes archives sont toujours hébergées.

Totalement inconnue en France en 1979, c'est progressivement avec l'aura américaine que mon travail attire le regard des Acheteuses d'Art. Ainsi, de 1980 à fin 1990, je mène une carrière inattendue de photographe publicitaire, spécialisée en prise de vues de nature mortes et de voitures, en extérieur et en studio.

Parallèlement, le reportage est pour moi une bouffée d'air frais me permettant, l'espace de quelques semaines, de m’évader dans des univers différents et de vivre des expériences qu'il me serait impossible de connaître si je n'avais pas le prétexte d'une commande à honorer. Effectués dans 25 pays, ils ont fait l’objet de parutions mondiales dans la presse magazine (art de vivre, conflits et faits de société), la presse spécialisée (architecture, bâtiments et travaux publics, décoration, environnement, industrie, informatique), les rapports annuels effectués entre 1983 et 1989, pour lesquels il m'avait été confié le soin de restituer en images l'identité de l'entreprise.

En 1990, au cours d’un trek effectué en Islande, sans obligation de répondre au cahier des charges d’une commande, je pris conscience, que j'étais passée à coté de cette errance où à chaque pas on chemine à la frontière entre le réel qui impose sa lumière, son moment, son sujet et les sensations que l'on éprouve quand on fait des photos « pour voir quel est son regard à l'état pur » (Raymond Depardon, Errance, Seuil, 2000), sans intention particulière. Je ne pouvais plus continuer à pratiquer ce métier tel que je le faisais. Prise dans un engrenage, j’étais en train de me perdre dans un océan de production d’images tout azimut.

Fin 1991, exit Iliona photographe pendant 12 ans, une autre aventure étant déjà en gestation… Aujourd’hui, maintenant que j’accompagne en tant que Gestalt thérapeute ceux qui font le voyage d’aller à la rencontre d’eux-mêmes, se profilent les contours d'une réunification entre l'être thérapeute et l'être photographe. Cheminant à la frontière entre voyage intérieur et voyage extérieur, acceptant les limites imposées par le choix d'un matériel, simple prolongement d'un regard dont l’acuité ne dépend pas du nombre d'objectifs et de boîtiers à disposition, j’ai retrouvé le plaisir d’être à la fois spectatrice et actrice au milieu d'un kaléidoscope de sensations et de perceptions. Je ne prends plus des images. Les images me prennent, moi je ne fais qu’appuyer sur le déclencheur... au bon moment, j’espère.

Catherine Loury dite Iliona